L'AMOUR sans formalités
Les mœurs évoluent. Aujourd’hui, plusieurs couples
décident de faire vie commune sans s’unir par les liens
du mariage. Incertains de leur choix, désabusés par
une précédente union maritale ou simplement opposés
à tout engagement, le nombre de couples vivant en union de
fait ne cesse d’augmenter. Vous êtes du nombre ? Vous
vous interrogez sur les conséquences juridiques de votre
situation ? Sachez d’abord que trois, cinq ou même vingt
ans de cohabitation ne vous accordent pas le statut légal
d’une personne mariée.
J’AI ENTENDU DIRE...
Malgré tout ce qu’on a pu vous dire, les énoncés
suivants sont faux :
- Faux : Les biens que mon conjoint de fait achète seront
séparés moitié-moitié en cas de rupture.
- Faux : Si nous avons un enfant ensemble, nous devrons l’adopter
pour établir un lien de filiation avec lui.
- Faux : Tous les biens me reviennent automatiquement au décès
de mon conjoint de fait.
Et ce ne sont là que quelques-unes des fausses affirmations
qui circulent au sujet de l’union de fait.
MA MAISON, TA MAISON OU NOTRE MAISON ?
Il faut se rappeler que le droit à la protection de la résidence
familiale prévu au Code civil du Québec de même
que le partage obligatoire du patrimoine familial ne s’appliquent,
en cas de rupture, qu’aux couples légalement mariés.
Ainsi, le conjoint de fait qui est propriétaire de la résidence
familiale peut la vendre ou l’hypothéquer sans avoir
à obtenir le consentement de l’autre.
En cas de rupture, lui seul en gardera l’usage. Il conservera
également le droit de la vendre sans avoir à en partager
la valeur avec l’autre.
Si vous comptez acquérir une résidence, pourquoi
ne pas le faire sous forme de copropriété par indivision
(c’est-à-dire que vos deux noms apparaissent à
l’acte à titre d’acquéreurs) ?
Propriétaires l’un comme l’autre, vous vous
assurerez d’une protection efficace et pourrez, lors de la
revente de cette résidence, participer à la plus-value
acquise pendant l’union.
LES ENFANTS : TOUS ÉGAUX DEVANT LA LOI
L’enfant né d’une union de fait a les mêmes
droits et les mêmes obligations que l’enfant issu du
mariage. Nul besoin donc pour les parents de l’adopter.
Comme pour tout autre enfant, vous pouvez choisir de lui donner
le nom de la mère, le nom du père ou une combinaison
des deux.
EN CAS D’INAPTITUDE
Et si vous perdiez temporairement ou pour de bon vos facultés
intellectuelles... Si vous deveniez inapte à prendre soin
de vous-même ou à administrer vos biens.
En pareil cas, il est rassurant pour votre entourage de savoir
que vous avez désigné, dans un mandat donné
en prévision de l’inaptitude, votre conjoint de fait
ou toute autre personne de votre choix pour agir à titre
de mandataire. Advenant votre inaptitude, votre mandataire pourra
vous représenter légalement et prendre les décisions
importantes vous concernant.
Consultez le dépliant de la Chambre des notaires consacré
au mandat donné en prévision de l’inaptitude.
NUL N’EST IMMORTEL
Même si vous passez votre vie entière avec un même
conjoint de fait, cela ne fera pas de vous son héritier légal
à son décès.
La prudence la plus élémentaire suggère donc
aux conjoints de fait désireux d’avantager, en cas
de décès, leur compagnon ou leur compagne de vie de
faire un testament en ce sens. Faute de testament, c’est la
famille du défunt qui recevra ses biens, en accord avec les
dispositions du Code civil du Québec. De plus, pour toucher
le produit de l’assurance - vie de votre conjoint de fait,
ce dernier devra vous avoir préalablement nommé bénéficiaire
en toutes lettres, sur la police d’assurance ou dans son testament.
EN CAS DE RUPTURE
Le conjoint de fait sans ressources financières n’a
pas droit à une pension alimentaire en cas de rupture. Une
telle pension peut toutefois être demandée au nom de
l’enfant issu de cette union.
D’autre part, même si les parents vivent chacun de
leur côté, ils continuent d’exercer conjointement
l’autorité parentale sur leurs enfants.
On ne peut donc s’opposer, à moins de motifs graves,
à l’exercice d’un droit d’accès
et de sortie.
Quant au partage des biens accumulés durant la vie commune,
il se fera, faute d’entente entre les parties, suivant la
preuve du droit de propriété. D’où l’importance
pour les conjoints de conserver les documents pouvant établir
la propriété des biens acquis en cours d’union
par chacun d’eux.
DROITS RECONNUS AUX CONJOINTS DE FAIT : ÇA DÉPEND
DES LOIS
Certaines lois, surtout celles à caractère social,
placent les gens mariés et les gens vivant en union de fait
(que ces derniers soient de sexe opposé ou de même
sexe) sur un même pied d’égalité. Chacune
de ces lois établit ses propres critères pour reconnaître
ou non certains effets juridiques à l’union de fait
(durée de la cohabitation, existence d’un enfant, etc.).
Il ne faut surtout pas en tirer de conclusion générale.
Par exemple, la Société de l’assurance-automobile
du Québec reconnaît, à certaines conditions,
le droit du conjoint de fait à une indemnité à
la suite du décès de l’autre dans un accident
d’automobile; toutefois, le survivant n’hérite
pas pour autant des biens du défunt si ce dernier ne l’a
pas prévu dans son testament.
PENDANT QUE TOUT VA BIEN
Votre notaire a l’expertise nécessaire pour vous informer
et vous conseiller judicieusement au sujet de la situation que vous
vivez. Il peut vous renseigner sur les conséquences civiles
et fiscales de votre union.
Au besoin, il vous suggérera de conclure une entente, un
contrat notarié établissant noir sur blanc les règles
que vous souhaitez adopter pour régir votre relation.
Un tel contrat peut être plus ou moins long, tout dépendant
des sujets que vous entendez couvrir. C’est vous, avec l’aide
de votre notaire, qui en déterminez le contenu.
À titre indicatif seulement, on peut prévoir dans
une convention d’union de fait des dispositions concernant
:
- l’établissement et la propriété
de la résidence commune ;
- l’administration et la disposition des biens durant la
vie commune ;
- la donation de meubles et autres biens ;
- le sort de la résidence commune en cas de rupture ou
de décès ;
- l’établissement du droit à une pension
alimentaire entre les conjoints de ait au lendemain de la rupture
;
- le partage de certains biens à la suite d’une
rupture.
QUAND TOUT EST PRÉVU
On évite bien des discussions douloureuses et des tiraillements
inutiles lorsque, décidé à se quitter, on peut
s’appuyer sur une entente conclue en des jours meilleurs.
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